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    Communiqué : Drogues : une campagne qui accuse pour une politique qui échoue 

    • Actualité
    • 26.02.2025

    VISUEL CP

     

     

    Communiqué - 26 février 2025

    [Signataires : Addiction Méditerranée / AIDES / ASUD Mars Say Yeah / Bus 31-32 / Collectif Galilée / Collectif Je Dis Oui / Groupe SOS Solidarités / LDH Marseille / LEAP Europe / Médecins du monde PACA / Nouvelle Aube / Proses / Vers Marseille sans sida et sans hépatites] 

     

    Drogues : une campagne qui accuse pour une politique qui échoue

     

    Le lancement par le gouvernement le 6 février dernier d’une campagne de culpabilisation tous azimuts des consommateurs de drogue, sonne comme un terrible aveu d’échec. A grands renforts d'effets spéciaux et de raccourcis simplistes, elle témoigne de l’ignorance manifeste du gouvernement en matière de drogues et d’addiction. Violente, stigmatisante, elle scelle l'incapacité de la puissance publique à remettre en question l’échec de 60 ans de prohibition.  

    Nous, associations de santé, associations communautaires et de défense des droits humains, nous qui travaillons chaque jour sur le terrain avec et auprès des personnes consommatrices de drogues, tenons à dénoncer le caractère mensonger et contre-productif de cette « campagne ». L’argent public ainsi dépensé aurait pu permettre de financer des dispositifs de prévention et de prise en charge, autrement plus salvateurs pour les personnes concernées qu’un lapin en peluche qui brûle sur fond de musique anxiogène.  

    La culpabilisation : ce qui se fait de pire en matière de prévention de la consommation et des conduites addictives.  

    Toutes les études dont on dispose montrent qu’il n’existe pas pire approche en matière de prévention que la culpabilisation des usagers de drogue. Que messieurs Retailleau et Darmanin se rassurent : les personnes consommatrices de drogues culpabilisent déjà. Beaucoup. Tout le temps. En particulier les plus fragiles et les plus marginalisées. La culpabilité est même l’un des principaux freins à leur prise en charge. Acculées à la clandestinité par la loi, la morale et le jugement social, elles sont nombreuses à cacher leurs consommations, à la taire ou à la minimiser, pour éviter les effets quotidiens d’une lourde, trop lourde stigmatisation. En faire les responsables des morts et de la violence du narcotrafic ne fera que les marginaliser davantage. Sans aucun effet sur leur consommation, ni sur le trafic.  

    Marketing de la peur et santé publique : une ficelle aussi éculée qu'inefficace. 

    Depuis les années 80, jouer sur les peurs est une tentation récurrente des communicants et des publicitaires. Si cette approche a pu produire quelques effets, fussent-ils limités, sur certains comportements - en matière de prévention routière notamment - elle est depuis longtemps jugée inopérante dans le champ de la santé publique. Pire, elle a pour effet d'éloigner durablement les publics concernés de l’information, de la prévention et du soin. 

    Par cette campagne, le gouvernement criminalise donc des millions de personnes en France qui, c’est un fait, consomment des drogues. Des millions de criminel-les qui auraient “du sang sur les mains”. Ce que nous voyons, nous, ce sont les dizaines de milliers de personnes en situation d'addiction qui auront encore plus de mal à solliciter l’aide dont elles ont besoin. 

    Cette communication fait des usagers de drogue les coupables confortables de 60 ans d’entêtement répressif, à rebours de la science, des droits humains, des acquis de la réduction des risques et de l'addictologie. Elle occulte également le fait, pourtant largement documenté, que la répression elle-même alimente les violences, les trafics et accroît les risques pour la santé des consommateurs-rices.  

    C’est au mieux du déni, au pire du cynisme. C’est en tout cas fondamentalement irresponsable.  

    Peut-être aurait-il été judicieux de consulter les associations, chercheurs-es, expert-es du sujet et personnes concernées pour comprendre ce dont notre pays a réellement besoin en matière de prévention, de réduction des risques ou de lutte contre les violences liées au trafic. Parce que oui, il existe des politiques publiques qui fonctionnent. Elles ont fait leurs preuves chez nos voisins européens. L’Allemagne, le Luxembourg et Malte ont légalisé le cannabis. Le Portugal a depuis 2001 dépénalisé l’usage de TOUTES les drogues, avec des résultats particulièrement éclairants. En Allemagne et aux Pays-Bas, la possession pour usage personnel ne relève plus de la criminalité.  

    Quant aux salles de consommation à moindre risque (ou Haltes soins addictions), elles sont devenues une évidence en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas et dans bien d’autres pays. Des pays où la dépense publique privilégie la santé, la prévention et l’accompagnement plutôt que l’impasse du tout répressif. Plus d’une centaine de ces salles sont désormais ouvertes en Europe. En France ? DEUX.  

    Nos associations font part de leurs plus vives inquiétudes quant à l’impact délétère de ce type de campagne sur les personnes usagères de drogues. Nous appelons le gouvernement à un changement total de paradigme en matière de politique des drogues, de prévention de la consommation et de prise en charge des addictions. Cela passe notamment par la décriminalisation des consommateurs, un déploiement national des Haltes soins addictions et un accès effectif aux soins et à la réduction des risques pour les usagers-es les plus précarisés.  

     

    Contacts presse : 

    ASUD Mars Say Yeah : Antoine Henry – 06 21 93 11 92  

    Bus 31-32 : Maela Lebrun Gadelius – 06 65 69 61 99 

    Vers Marseille sans sida et sans hépatites : Michel Bourrelly – 06 25 91 64 07